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Block Magazine

La créativité a sa place
Printemps/Été 2021
Numéro 22

Esprit créatif

Sous les ondulations vitrées du nouveau pavillon muséal de Winnipeg, un rassemblement de sculptures inuites éblouit les visiteurs.

PAR: Mélanie Ritchot

Il a suffi de quelques semaines pour que des milliers de sculptures en pierre, signées par des artistes inuits, sortent des réserves du Musée des beaux-arts de Winnipeg (WAG) et se retrouvent en pleine lumière.

Elles sont exposées sous la voûte vitrée située au coeur du Qaumajuq, le nouveau pavillon du WAG consacré à l’art inuit et dont le nom signifie « brillant » ou « lumineux » en inuktitut. D’ici à ce que certaines regagnent le Nunavut, des prières et des cérémonies traditionnelles prendront soin des esprits de ces sculptures. Julia Lafreniere, gestionnaire des initiatives autochtones du musée, en fait une affaire personnelle, les oeuvres se trouvant sur le territoire du Traité numéro 1.

Elle complètera le rituel du qulliq, une lampe à huile en stéatite allumée lors de l’inauguration du pavillon, en purifiant la voûte vitrée tous les mois avec de la sauge, du cèdre, du tabac et du foin d’odeur : une décision prise le jour où un gardien du savoir lui a dit que les oeuvres d’art inuit du WAG avaient le mal du pays. « Il est important pour moi que les esprits sachent qu’on va bien s’occuper des oeuvres, explique-t-elle. Elles ne nous appartiennent pas, il faut donc en prendre grand soin. »

En 2015, le gouvernement du Nunavut a confié 7 385 oeuvres d’art au WAG, dont de nombreuses gravures et tentures murales. Dès que le territoire aura son centre culturel, elles y seront rapatriées.

Les 4 500 pièces en exposition sous la voûte transparente, qui les protège de la lumière et de la chaleur, proviennent en majorité de la collection permanente du WAG. Les autres, réalisées à partir de matières organiques comme l’ivoire ou l’os de baleine, et dont certaines ont presque 2 000 ans, resteront à l’abri dans les réserves.

Nicole Fletcher, coordinatrice des collections du WAG, attend avec impatience la découverte de ces oeuvres par les visiteurs inuits. Elle a déjà reçu un courriel de l’un d’entre eux qui ignorait que son grand-père était un artiste jusqu’à ce qu’il voie une de ses sculptures au musée.

Trois générations y sont présentées, regroupées par famille. Pourtant 387 oeuvres n’ont pu être identifiées à ce jour. « Un de mes plus grands espoirs est que l’on retrouve leur sculpteur ou leur sculptrice », ajoute Nicole Fletcher.

Pendant six semaines, elle a participé à leur installation en suivant scrupuleusement le plan de Darlene Coward Wight, conservatrice d’art inuit du WAG. Cette dernière avait passé les dix mois précédents à l’élaborer : les sculptures sont organisées par communauté et par artiste, et les 500 tablettes de verre qui les accueillent sur trois étages sont toutes de forme et de taille différentes. En s’aidant de bases de données, de photos et de ses souvenirs, la conservatrice a décidé de l’emplacement exact de chacune d’entre elles. « Je les connaissais, mais je ne les avais pas vraiment regardées depuis des années, confiet- elle. J’avais l’impression de revoir de vieux amis. »

Les discussions sur le sort de la collection inuit durent depuis son entrée en poste au musée en 1986, ajoute-t-elle. L’idée de lui consacrer un espace distinct date d’il y a dix ans, la construction du pavillon a pris fin en décembre dernier.

EN HAUT, DANS LE SENS HORAIRE : L’architecte Michael Maltzan s’est inspiré d’un voyage à Cumberland Sound, au Nunavut, pour concevoir le pavillon consacré à l’art inuit; sur le bureau de Darlene Coward Wight, un plan de la voûte vitrée montre la complexité de la tâche; Jocelyn Piirainen, assistant conservateur, photographie les sculptures, étagère par étagère, pour les archives.
Masquée et gantée, Nicole Fletcher installe une sculpture de chaman baleine, signée Kellypalik Etidloie, artiste de Kinngait.

Conçu par Michael Maltzan, architecte à Los Angeles, Qaumajuq fait écho au paysage du Nunavut en combinant verre, pierre blanche et ondulations. Ses grands murs immaculés serviront d’écrans de projection à ciel ouvert, rendant l’art accessible à tous. Le spectacle inaugural du pavillon, Inuit Nunangat Ungammuaktut Atautikkut, signifiant « Inuits qui avancent ensemble » ou « esprit » ou « force vitale », a été organisé par des Inuits. Qaumajuq a ouvert ses portes le 27 mars, après deux jours de cérémonies et de visites virtuelles.

Photo par: Lindsay Reid.
Si les sculptures en pierre peuvent être exposées à la lumière du jour en toute sécurité, celles en ivoire ou en os doivent être conservées à l’ombre, dans les réserves du musée, pour éviter leur détérioration.

 

 

Photo par: Lindsay Reid.
L’idée de cette étonnante voûte vitrée au coeur de Qaumajuq est née d’une multitude de sculptures en pierre. Le nouveau pavillon du WAG abrite la plus grande collection publique d’art inuit contemporain au monde.

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